Ultras rennais : polémiques, hooliganisme et tensions avec les supporters du stade

Foule passionnée de supporters avec des drapeaux multicolores

L’ambiance légendaire de la Beaujoire me rappelle parfois à quel point le supporterisme peut basculer vers des dérives dangereuses. Je me penche aujourd’hui sur un phénomène préoccupant qui touche nos voisins bretons : l’infiltration de l’extrême droite au sein des ultras rennais. Le Stade Rennais compte trois groupes officiels principaux : le Roazhon Celtic Kop (RCK) créé en 1991, Allez Rennes fondé en 1962, et Les Socios nés en 1992. Mais derrière cette façade traditionnelle se cache une réalité bien plus sombre, marquée par l’émergence de groupuscules néonazis qui gangrènent progressivement le mouvement ultra traditionnel.

L’infiltration néonazi au cœur du mouvement ultra rennais

L’émergence du groupuscule Roazhon 1901

En 2016, j’ai assisté à l’émergence d’un phénomène particulièrement inquiétant avec la création du Roazhon 1901. Ce groupe néonazi d’une cinquantaine de membres a réussi là où d’autres avaient échoué. Contrairement aux tentatives frontales des Breizh stourmers et des Unvez Kelt, expulsés du kop à la fin des années 2000, cette nouvelle mouvance a opté pour une stratégie d’infiltration plus subtile. Ils occupent aujourd’hui une position privilégiée en tribune Mordelles, dans cette bande de pelouse stratégique entre le terrain et les gradins.

Les symboles qu’ils affichent ne trompent personne : des stickers « Roazhon » ornés de Totenkopf, ces têtes de mort SS qui marquent leur filiation idéologique. Cette présence ostentatoire dans l’enceinte du stade témoigne de leur capacité d’infiltration au sein des structures officielles. Environ 50 « brebis galeuses » seraient désormais présentes parmi les 500 supporters encartés au RCK, transformant progressivement l’ADN du mouvement ultra rennais.

Les connexions avec l’extrême droite européenne

Le derby Rennes-Nantes du 18 avril 2025 a révélé l’ampleur de ces connexions internationales. J’ai pu constater la présence d’ultras espagnols des Ligallo Fondo Norte de Saragosse, photographiés en train d’effectuer des saluts de Kühnen en tribune. Ces gestes, succédanés du salut hitlérien, illustrent parfaitement la radicalisation en cours. Les codes vestimentaires « boneheads » observés – crânes rasés, cagoules, bombers – confirment cette filiation avec les mouvements néonazis européens.

Après le match, environ 120 individus rennais ont affronté 70 supporters nantais de la Brigade Loire dans la cité des Ducs. Cette violence organisée dépasse le simple cadre du supporterisme pour s’inscrire dans une logique politique plus large, nourrie par ces connexions internationales.

Personnalités clés et réseaux d’influence de l’ultra-droite rennaise

Les figures emblématiques du mouvement radical

Parmi les personnalités qui structurent cette mouvance, Jeremy Levesque occupe une place centrale. Ancien patron de la section rennaise du GUD (Groupe union défense) dissous en 2024, il a orchestré l’attaque contre un festival antifasciste à Saint-Brieuc en juillet 2023. Cette opération, revendiquée par le Korrigans Squad, a fait plusieurs blessés dont une personne avec le nez fracturé.

Antoine Oliviero illustre parfaitement les passerelles entre hooliganisme et politique institutionnelle. Cet ancien du RCK, devenu cadre RN du Morbihan et candidat aux législatives 2024 (42,44% au second tour), était surnommé le « néonazi » par ses propres militants. Maxime Bellamy, militaire et champion de bare-knuckle, revendique ouvertement son appartenance au Roazhon 1901. Avec plus de 36 000 abonnés sur Instagram, il diffuse une idéologie néonazie assumée et entretenait des liens avec l’Action française Rennes devenue Oriflamme.

L’extension des réseaux jusqu’à Paris

Ces réseaux s’étendent bien au-delà de la Bretagne. Je découvre des connexions troublantes entre hooligans rennais et « gudards » parisiens, notamment avec Gabriel Lousteau, fils d’Axel Lousteau proche de Marine Le Pen. Condamné pour agression homophobe et messages haineux, il incarne cette nouvelle génération d’ultras politisés.

Derrière le Roazhon 1901 prolifèrent plusieurs groupuscules satellites : Jeunesse Roazhon, Celtic brothers, Gwad Roazhon. Tous revendiquent une filiation avec le RCK tout en distillant leur idéologie identitaire. Des stickers de Gwad Roazhon, proche de l’Oriflamme, sont affichés sur le local du groupe ultra sans opposition des cadres, témoignant de cette infiltration progressive.

Violences et affrontements : une escalade préoccupante

Les incidents récents et leurs conséquences judiciaires

La violence ne se limite plus aux tribunes. En novembre 2024, deux supporters rennais ont été condamnés à des peines de 8 mois à 1 an de prison pour violences sur un policier à Auxerre. L’incident, qualifié de « véritable lynchage » par l’avocat du CRS, a débuté lors d’une escorte policière qui a mal tourné. Cette escalade judiciaire illustre la radicalisation comportementale de certains éléments.

L’affrontement du derby contre Nantes a confirmé cette tendance inquiétante. Au-delà des saluts fascistes observés en tribune, la rixe post-match dans la cité des Ducs a mobilisé près de 200 personnes. Cette organisation militaire dépasse largement le cadre traditionnel des rivalités sportives pour s’inscrire dans une logique de confrontation politique.

La multiplication des affrontements inter-supporters

En avril 2024, une violente bagarre a éclaté entre supporters rennais et toulousains près du bar Le Derby à Rennes. Au moins 10 blessés, dont un grave, témoignent de l’escalade de ces affrontements. Les Rennais auraient attaqué en premier les Toulousains qui buvaient tranquillement dans l’établissement, révélant une recherche active de la confrontation.

Cette multiplication des incidents transforme chaque déplacement en risque potentiel de violence. Comme nous le constatons parfois à la Beaujoire avec nos chants traditionnels qui résonnent dans les travées, le supporterisme devrait rassembler autour de valeurs positives plutôt que de diviser par la haine.

La politisation croissante du mouvement ultra et les réactions institutionnelles

Participation aux mobilisations identitaires

La politisation de ces groupuscules dépasse désormais le cadre sportif. Des hooligans rennais ont participé aux manifestations de Callac (2022) et Saint-Brevin-les-Pins (2023) contre l’installation de centres d’accueil pour réfugiés. Ces mobilisations, portées par Reconquête, Civitas et Les Patriotes, révèlent l’instrumentalisation du mouvement ultra par l’extrême droite radicale.

Cette évolution idéologique contraste violemment avec l’ADN historique du RCK. Dans les années 2000-2010, le groupe affichait des positions antifascistes avec des banderoles comme « Celtic people against racism » en 2011. Les supporters portaient des vêtements Sankt-Pauli et entretenaient des relations avec des groupes de gauche comme les Joyriders de Sochaux.

Les réactions du club et des autorités

Face à ces dérives, le Stade Rennais a adopté une position ferme. Le club condamne ces comportements « marginaux mais totalement intolérables » et a ouvert plusieurs enquêtes internes. La direction se réserve le droit de porter plainte et réaffirme que « le racisme, les discriminations et l’intolérance n’ont pas leur place » au Roazhon Park.

Pourtant, les tensions internes persistent. Le RCK s’est opposé publiquement au recrutement de Valentin Rongier en provenance de Marseille, dénonçant un « affront inacceptable ». Une banderole déployée en mai 2025 résume leurs griefs :

  • 53 départs et arrivées dans la saison
  • Des millions dilapidés pour une équipe sans talent
  • 4 entraîneurs et 2 présidents successifs
  • Une élimination honteuse en Coupe de France
  • Un projet club flou depuis trop longtemps

Cette contestation légitime du recrutement masque-t-elle une instrumentalisation politique plus profonde ? La question mérite d’être posée tant l’infiltration néonazie semble progresser dans l’ombre des revendications sportives traditionnelles.

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