Je me retrouve aujourd’hui à observer une situation inédite dans l’univers du football français. Les supporters AS Saint-Étienne vivent une période de turbulences qui dépasse largement le cadre sportif de la Ligue 2. Depuis la relégation des Verts, le Chaudron continue de vibrer, mais ses occupants font face à des défis politiques sans précédent. Entre procédures de dissolution gouvernementales et mobilisations citoyennes, l’âme populaire du football stéphanois se bat pour sa survie. Cette communauté de supporters, riche de décennies d’histoire et d’engagement, refuse de voir disparaître ce qui fait l’essence même de son identité. L’entrée des supporters au capital du club témoigne d’ailleurs de leur détermination à peser sur l’avenir de leur ASSE.
La mobilisation exceptionnelle contre les procédures de dissolution des groupes ultras
Le samedi 29 mars 2025 restera gravé dans la mémoire collective stéphanoise. Cette date marque une journée historique où la ville de Saint-Étienne s’est levée comme un seul homme pour défendre ses groupes de supporters. Entre 2500 et 5000 personnes ont défilé dans les rues, formant un cortège impressionnant qui reliait symboliquement la place Jean-Jaurès au stade Geoffroy-Guichard. Cette manifestation dépassait largement le cadre habituel des protestations footballistiques.
La présence du président Ivan Gazidis aux côtés des supporters constitue un événement sans précédent dans l’histoire du club. Le coordinateur sportif Loïc Perrin, figure emblématique des Verts, marchait également derrière la bâche symbolique portant l’inscription « Le Chaudron ne se dissout pas ». Des membres de la direction, du personnel administratif et même de jeunes joueurs du centre de formation ont rejoint ce mouvement de protestation collective. Cette unité institutionnelle révèle l’ampleur de l’opposition aux mesures gouvernementales.
Le député socialiste Pierrick Courbon mène une tribune politique d’une rare unanimité. Son combat rassemble des élus de tous bords politiques du territoire, y compris des représentants Républicains de la Loire. Cette convergence dépasse les clivages partisans habituels et témoigne de l’ancrage territorial profond du supportérisme stéphanois. Le club lui-même a adopté une position inédite en s’opposant publiquement aux dissolutions, rejoignant même certains ministres des sports dans cette résistance institutionnelle.
Les arguments développés contre les mesures gouvernementales
Les procédures de dissolution visant les Magic Fans et les Green Angels suscitent une incompréhension générale. Ces mesures du ministère de l’Intérieur dirigé par Bruno Retailleau visaient initialement neuf groupes ultras nationaux, puis cinq, puis trois, pour finalement se concentrer uniquement sur ces deux associations stéphanoises. Cette focalisation paraît d’autant plus injustifiée que les supporters stéphanois jouissent d’une réputation nationale et internationale fondée sur leur ferveur, non sur des dérives racistes ou néo-nazies.
Les opposants dénoncent le caractère injuste des sanctions collectives qui privent les forces de sécurité d’interlocuteurs identifiés. L’arsenal juridique français permet déjà de sanctionner individuellement les fauteurs de troubles sans recourir à ces mesures drastiques. Ces dissolutions menaceraient l’âme populaire du football dans un contexte de financiarisation croissante du sport.
L’organisation structurée du supporterisme stéphanois et son évolution moderne
La Fédération des Associés Supporters de l’AS Saint-Étienne constitue l’épine dorsale du mouvement de soutien aux Verts. Créée en 1980 par Roger Rocher et développée notamment par Joannès Gignoux, cette organisation fédère plus de 3000 adhérents répartis en 220 sections sur l’ensemble du territoire français. Son maillage s’étend même dans les départements d’sans compter-mer, témoignant de l’aura nationale du club stéphanois. Cette fédération se positionne dans le trio de tête des groupes de supporters du football français.
Depuis février 2007, elle appartient à la Fédération des Associations de Supporters du Football Français et bénéficie de l’agrément ministériel depuis mars 2009. Cette reconnaissance officielle souligne la légitimité institutionnelle de son action. L’Union des Supporters Stéphanois, dirigée par Jean-Guy Riou depuis 2013, incarne le cinquième Groupe Officiel de l’ASSE avec sa devise « Aimer – Servir – Soutenir – Ensemble ». L’agrément du ministère des Sports obtenu le 5 janvier 2017 confirme sa respectabilité.
Les Green Angels ont brisé leur silence habituel pour défendre leur image et leur mission. Ces associations revendiquent leur rôle de régulateurs et d’interlocuteurs privilégiés avec les forces de sécurité publique. Elles rejettent catégoriquement l’étiquette de hooligans et mettent en avant leur fonction sociale d’encadrement de la passion footballistique. Cette prise de parole révèle leur volonté de dialogue constructif avec les autorités.
L’entrée historique des supporters au capital de l’ASSE
L’association Socios Verts, créée en 2021, a réalisé un exploit remarquable en mobilisant plus de 4000 personnes. Cette communauté a collecté 125000 euros, dépassant l’objectif initial de 120000 euros pour acquérir 0,1% de la SASP AS Saint-Étienne. Ce pourcentage peut sembler modeste, mais il symbolise l’entrée officielle des supporters dans la gouvernance du club. Des légendes comme Michel Platini, Jean-Michel Larqué, John Sivebaek et Lubomir Moravcik ont apporté leur soutien au projet.
L’association projette d’ériger des statues en hommage à Roger Rocher et Robert Herbin, figures emblématiques de l’histoire stéphanoise. Elle souhaite également permettre aux groupes de supporters de réaliser une fresque murale au stade, inscrivant ainsi leur passion dans la pierre du Chaudron.
L’impact des mesures sécuritaires sur l’expérience des supporters en Ligue 2
Les autorités préfectorales multiplient les arrêtés d’encadrement pour réguler les déplacements de supporters visiteurs. Pour le match contre Toulouse du 17 mai 2025, seuls 300 supporters toulousains obtiennent l’autorisation de se déplacer, exclusivement via des bus escortés depuis le péage de Veauchette. Ces restrictions drastiques transforment l’expérience footballistique en parcours du combattant administratif.
Des périmètres d’interdiction de circulation et de stationnement quadrillent le centre-ville et les abords du stade lors des rencontres sensibles. Ces mesures, similaires à celles appliquées lors de la réception du LOSC le 13 septembre 2024, imposent des points de rendez-vous obligatoires comme l’aire de Saint-Romain-en-Gier. Cette militarisation de l’environnement footballistique contraste avec l’esprit festif traditionnellement associé au sport.
- Limitation du nombre de supporters visiteurs autorisés
- Obligation de déplacement en bus escortés avec itinéraires imposés
- Création de périmètres d’interdiction dans le centre-ville
- Points de rendez-vous obligatoires pour les groupes de supporters
- Contrôles renforcés aux abords du stade Geoffroy-Guichard
L’importance culturelle du Chaudron malgré la Ligue 2
Le stade Geoffroy-Guichard tire sa réputation légendaire davantage de l’animation de ses tribunes que des résultats sportifs actuels en deuxième division. L’engagement des supporters ultras avec leurs chants, tambours et tifos maintient l’identité du Chaudron malgré la relégation. Cette ferveur populaire transcende les performances de l’équipe et constitue le véritable « douzième homme » des Verts.
L’attachement viscéral de la population ligérienne et stéphanoise à son club de football représente un élément central de l’identité locale. Cette passion collective survit aux aléas sportifs et se nourrit de décennies d’histoire partagée. En période de relégation, elle devient même plus précieuse, car elle incarne la fidélité inconditionnelle qui distingue les vrais supporters des simples consommateurs de spectacle footballistique.

Moi, c’est Clara, 42 ans, passionnée de communication digitale et de récits jaunes et verts. Native de Saint-Nazaire, j’ai grandi avec le FC Nantes en fond sonore tous les dimanches à table. Aujourd’hui consultante en stratégie de contenu, je collabore avec FCNhisto.fr pour faire vivre le club autrement : à travers ses souvenirs, ses supporters, ses petites histoires qu’on ne lit pas dans les palmarès.
