Dans le paysage coloré du supportérisme lillois, les Dogues d’Honneur occupent une place particulière. Troisième groupe de supporters du LOSC par le nombre d’adhérents, cette section créée en 2011 incarne une philosophie familiale basée sur le respect et la convivialité. Je me suis plongée dans l’histoire de ce collectif qui rassemble plus d’une centaine de membres unis par leur passion commune pour leur club de cœur. Leur évolution depuis plus d’une décennie témoigne d’un engagement sincère et d’une capacité d’adaptation remarquable face aux défis du football moderne. Entre organisation minutieuse des déplacements, activités extra-sportives et traversée des périodes difficiles, ces supporters lillois ont su construire une identité forte qui dépasse le simple cadre footballistique.
Genèse et fondation du groupe de supporters lillois
Les origines du projet
L’histoire des Dogues d’Honneur commence par le parcours atypique d’Antoine Meeschaert, co-fondateur et actuel président. Contrairement à beaucoup de passionnés, il n’a pas grandi dans une famille de supporters acharnés. Sa découverte du football s’est faite à dix ans grâce à un ami président fondateur des DVE qui l’a emmené au stade Grimonprez-Jooris. Cette première expérience a marqué le début d’une aventure footballistique qui allait transformer sa vie. Vers quinze-seize ans, il rejoint les DVE avec ses amis, s’imprégnant de l’ambiance unique des tribunes lilloises.
Le constat initial au Stadium était éloquent : de nombreux supporters se retrouvaient isolés par petits groupes de deux ou trois personnes dans les tribunes d’honneur. Tous partageaient la même envie de chanter et d’animer les matchs de leur équipe, mais manquaient de structure pour exprimer cette passion collective. Cette observation a fait germer l’idée de créer une section dédiée, capable de rassembler ces énergies dispersées autour d’un projet commun.
Les démarches administratives
L’anecdote du choix du nom illustre parfaitement l’esprit du groupe. Initialement baptisé « Team Karmeliet » en référence aux bières carmélites consommées au bar, le projet essuie un refus catégorique du LOSC. Le club refuse toute allusion à l’alcool dans le nom d’une section officielle. Les fondateurs optent alors pour les Dogues d’Honneur, un nom qui colle parfaitement à leur positionnement dans les tribunes d’honneur et à leur attachement au club.
Les étapes administratives suivent le parcours classique de toute association : création d’un bureau, démarches préfectorales, constitution officielle de l’association. Le groupe obtient rapidement son référencement sur le site officiel du LOSC. Dès leur demande initiale de cent places, ils se positionnent dans le top 5 des clubs de supporters du club, témoignant de l’attente qu’ils comblaient.
Organisation et structure du collectif de supporters
Aujourd’hui, les Dogues d’Honneur comptent plus d’une centaine de membres avec un noyau dur de trente à quarante personnes très actives. Cette structure permet d’allier dynamisme et cohésion, chaque adhérent trouvant sa place selon son niveau d’engagement. Antoine Meeschaert, né en 1985, a pris la présidence il y a six ans lorsque Jonathan Marlière, le président fondateur, est parti s’installer dans le sud avec son camping à Cahors.
Le groupe participe régulièrement aux réunions organisées par le LOSC tous les un à deux mois, rassemblant l’ensemble des sections de supporters. Ces rencontres permettent de maintenir le dialogue avec la direction du club et de coordonner les actions communes. La place du collectif dans la hiérarchie des sections lilloises témoigne de son influence grandissante au sein du supportérisme local.
Dès la première année en 2011, la section comptait déjà 108 membres, dépassant même les prévisions initiales. Cette croissance immédiate validait l’intuition des fondateurs :
- Une demande forte existait pour une animation respectueuse dans les tribunes d’honneur
- Le concept familial séduisait les supporters cherchant une alternative aux groupes plus radicaux
- L’organisation professionnelle attirait ceux souhaitant s’investir durablement
Déplacements et logistique des matchs à l’extérieur
Sélection géographique des déplacements
Les Dogues d’Honneur adoptent une approche pragmatique dans le choix de leurs déplacements. Ils privilégient les classiques régionaux et les matchs de proximité, ne pouvant couvrir tous les déplacements en raison des contraintes de programmation. À l’époque, Lens, Boulogne-sur-Mer, Valenciennes et Reims constituaient leurs destinations privilégiées, cette dernière ville se trouvant à seulement deux heures de Lille.
Pour les grands rendez-vous européens face au Bayern, Chelsea ou l’Ajax, l’organisation prend une autre dimension. Le groupe affrète alors un nombre important de bus, mobilisant l’ensemble de ses adhérents pour ces moments d’exception. Ces déplacements marquent souvent les mémoires et renforcent la cohésion du groupe face aux défis logistiques.
Contraintes d’organisation
L’organisation varie considérablement selon les destinations. Pour certaines villes sensibles comme Nantes, Marseille, Paris ou Lens, l’encadrement policier impose des contraintes strictes. Les supporters doivent respecter des rendez-vous précis, éviter certaines aires d’autoroute et accepter des escortes policières. Les lieux d’arrivée sont imposés et les mouvements strictement encadrés.
À l’inverse, des déplacements vers Reims s’organisent de manière plus détendue, permettant aux supporters de profiter davantage de l’expérience du voyage. Paradoxalement, cette organisation parfois contraignante conduit à des arrivées tardives au stade, les bus arrivant généralement trente à quarante-cinq minutes avant le coup d’envoi, parfois pile à l’heure comme lors du déplacement parisien.
Lieu de rassemblement et partenariats locaux
Le Petit Wasquehal sert de quartier général aux Dogues d’Honneur. En 2011, lors de la création du groupe, ils approchent Thierry Raepsaet, patron de la taverne ayant racheté l’Écume des mers, un bistrot emblématique du Nouveau Siècle. Un partenariat naturel s’établit rapidement, incluant une navette partant de la taverne vers le stade pour faciliter les déplacements des adhérents.
Dans les meilleures périodes, quatre-vingts à quatre-vingt-dix personnes sur les cent trente membres venaient systématiquement avant les matchs. Cette affluence générait une activité significative pour l’établissement, créant une synergie économique bénéfique. L’ambiance chaleureuse de ces rassemblements pré-match contribuait à renforcer l’esprit de groupe et à accueillir les nouveaux adhérents.
L’évolution actuelle a modifié ces habitudes. Avec les places de parking désormais incluses dans les abonnements, les supporters ne passent plus systématiquement par la taverne. Néanmoins, tous les événements médiatiques continuent de s’y dérouler :
- Les venues de RMC avec l’Afterfoot pour des émissions en direct
- La présence de José Fonte pour Téléfoot
- Les points presse avec les dirigeants du club
Activités et dimension familiale du groupe
La dimension familiale revendiquée par les Dogues d’Honneur se concrétise à travers une multitude d’activités extra-sportives. Les parties de pétanque dominicales rassemblent régulièrement les adhérents dans une atmosphère détendue, loin de la pression des matchs. Ces moments permettent de tisser des liens durables entre supporters de générations différentes, créant une véritable communauté soudée.
Les petits week-ends entre membres ponctuent la saison, offrant l’occasion de découvrir de nouveaux horizons ensemble. Le camping de l’ancien président à Cahors est devenu un lieu de rendez-vous privilégié. Les séjours moto organisés en mai attirent les amateurs de deux-roues, tandis que les vacances familiales estivales accueillent les adhérents avec leurs proches.
Antoine Meeschaert nourrit plusieurs projets pour renforcer ces liens. L’organisation d’un tournoi de pétanque entre adhérents figure parmi ses priorités, ainsi que la visite d’une brasserie pour brasser la carmélite. Cette dernière idée fait écho à leur logo qui symbolise la fleur de lys de Karmeliet, rappelant les origines du nom initial du groupe. Ces initiatives témoignent de la volonté de dépasser le simple cadre footballistique pour créer une famille élargie.
Relations avec le club et évolution institutionnelle
L’accueil du LOSC lors de la création des Dogues d’Honneur a été particulièrement positif. Les dirigeants se réjouissaient de voir naître de nouvelles sections, témoignant d’un supportérisme en bonne santé. Cette reconnaissance officielle a facilité l’intégration du groupe dans l’écosystème lillois et l’accès aux différents services proposés par le club.
Les relations avec les autres groupes de supporters demeurent excellentes, y compris avec les « Dogues Pompons » créés plus récemment. Cette coexistence harmonieuse illustre la maturité du supportérisme lillois et sa capacité à accueillir différentes sensibilités. La participation aux réunions inter-sections organisées par le LOSC favorise cette cohésion et permet de coordonner les actions communes.
La relation joueurs-supporters connaît une amélioration progressive sous l’impulsion d’Olivier Létang. Le nouveau dirigeant comprend l’importance des supporters dans l’identité du club et organise des rencontres régulières. Ces échanges permettent de maintenir le lien entre les vestiaires et les tribunes, créant une dynamique positive qui profite à l’ensemble de l’institution lilloise.
Traversée des périodes difficiles et renaissance
La saison catastrophique 2017-2018
Les Dogues d’Honneur ont traversé des moments particulièrement sombres sous l’ère Gérard Lopez. La saison 2017-2018 restera gravée comme l’une des plus difficiles de l’histoire récente du club. Dix-neuvième de Ligue 1, l’équipe était menacée de relégation administrative tout en affrontant des problèmes financiers majeurs qui hypothéquaient son avenir.
Cette période culmina avec l’envahissement de terrain du 10 mars 2018 lors du match contre Montpellier. Des supporters tentèrent de s’en prendre aux joueurs, traduisant l’exaspération générale face à la situation sportive et institutionnelle. Ces débordements marquèrent un point de rupture dans les relations entre certains groupes de supporters et l’institution.
Positionnement et condamnation des débordements
Antoine Meeschaert et les Dogues d’Honneur condamnèrent fermement ces débordements, se désolidarisant des comportements violents des DVE. Cette prise de position claire témoignait de leur attachement aux valeurs de respect qu’ils prônent depuis leur création. Leur positionnement leur permit de maintenir de bonnes relations avec la direction du club.
La transformation spectaculaire qui suivit valida leur approche patiente. En deux saisons seulement, les supporters lillois passèrent « du cauchemar au rêve », de la lutte pour le maintien à la qualification en Ligue des Champions. L’arrivée de Christophe Galtier redonna le goût du spectacle avec un jeu offensif séduisant. Cette renaissance permit aux Dogues d’Honneur de retrouver pleinement leur rôle d’animateurs positifs des tribunes lilloises :
- Retour de l’affluence dans les gradins
- Ambiance retrouvée lors des grands rendez-vous européens
- Réconciliation progressive entre supporters et joueurs

Moi, c’est Clara, 42 ans, passionnée de communication digitale et de récits jaunes et verts. Native de Saint-Nazaire, j’ai grandi avec le FC Nantes en fond sonore tous les dimanches à table. Aujourd’hui consultante en stratégie de contenu, je collabore avec FCNhisto.fr pour faire vivre le club autrement : à travers ses souvenirs, ses supporters, ses petites histoires qu’on ne lit pas dans les palmarès.
