Baptiste Drouet défend sa gestion du FC Nantes

Homme en costume bleu parlant devant journalistes et caméras

Licencié dans la discrétion avant que Waldemar Kita ne sorte du silence côté Eurosport, Baptiste Drouet a accordé un entretien le 17 avril dernier — soit dix jours avant la déclaration publique du président nantais — pour expliquer les circonstances de son éviction. Un témoignage brut, sans filet, qui révèle les fractures profondes d’un club à la dérive sportive en cette fin de Ligue 1.

« Responsable de la situation sportive » — les accusations qui pèsent sur l’ex-recruteur

Baptiste Drouet ne tourne pas autour du pot. La direction nantaise l’a tenu pour seul responsable des mauvais résultats du club, lui reprochant d’avoir milité pour le recrutement de Luís Castro et d’avoir piloté un mercato jugé insuffisant. Sauf que la réalité budgétaire, elle, est chiffrable : la masse salariale a été réduite de 40 %, les ventes ont rapporté 40 millions d’euros, et les achats… zéro euro. Difficile de parler d’un recrutement raté quand il n’y avait pas d’argent pour recruter.

Il cite une corrélation documentée de 90 % entre classement en championnat et masse salariale d’un club professionnel. Autrement dit, vouloir maintenir le niveau sportif tout en sabrant les budgets relève d’une contradiction structurelle. Drouet avait accepté ce contexte contraint, mais il refuse de porter seul l’addition.

Luís Castro, justement. L’entraîneur portugais débarquait de Dunkerque, habitué à faire avec peu. Pour Drouet, c’était le choix le plus cohérent avec les moyens disponibles. Son seul regret ? Le temps que le club lui a accordé — ou plutôt celui qu’il ne lui a pas laissé. Matthis Abline, lui, illustre le revers de cette organisation : le responsable de la formation avait tenté de bloquer son prêt, avant que le joueur ne devienne le plus gros achat de l’histoire du club, à 10 millions d’euros.

Un club miné par ses guerres internes

Derrière les chiffres, Baptiste Drouet dresse un portrait accablant de la gouvernance nantaise. À commencer par l’absence de directeur sportif : sans cette figure centrale, c’est le coach qui définit la politique sportive. Franck Kita gère l’opérationnel, mais ne fixe aucune vision à long terme. Résultat ? Des projets court-termistes qui repartent à zéro à chaque changement de banc — et Drouet en a connu quatre en moins de trois ans.

Mais le plus corrosif reste la culture des chapelles internes. Plusieurs exemples précis émaillent son récit :

  • Un membre du corps médical a contacté immédiatement le président pour réclamer le départ de Luís Castro — le kiné coordinateur Nicolas-Pierre Bernot a d’ailleurs démissionné fin avril.
  • Le responsable de la formation Matthieu Bideau a tenté de faire avorter la signature de Matthis Abline, sans relever de ce périmètre.
  • Des rumeurs internes ont circulé sur un prêt de Yassine Benhattab à peine trois semaines après son arrivée, fragilisant mentalement le joueur.

Pour Drouet, ces interférences ne sont pas anecdotiques. Elles révèlent une organisation où les anciens salariés protègent leur place en sabotant les arrivants, qu’il s’agisse de coachs ou de joueurs. Gourcuff, Castro, et d’autres avant eux ont tous subi cette résistance. À chaque fois, ce sont les « anciens » qui restent. La comparaison avec Le Havre — où Mathieu Bodmer a su créer une unité de projet — est cinglante.

Aspect FC Nantes (Drouet) Le Havre (Bodmer)
Direction sportive Absente, rôle du coach Centralisée, vision claire
Cohésion interne Chapelles, conflits Unité de projet
Gestion de l’échec Refusée Assumée et anticipée
Mercato Contraint, sans data analyst Risqué mais structuré

Le cas UroÅ¡ Radaković illustre bien cette mécanique destructrice. Recruté dans les limites d’une enveloppe mensuelle de 50 000 euros par joueur, le défenseur serbe a été fragilisé publiquement dès ses premières semaines. Drouet reconnaît un choix risqué, mais estime que dans un environnement sain, le joueur aurait eu le temps de monter en régime. La sortie médiatique prématurée de Castro sur son niveau a achevé de le déstabiliser. Pour les défenseurs qui ont transité par le FC Nantes ces dernières saisons, le contexte du club pèse souvent lourd sur les performances.

Ce que Drouet retient — et ce qu’il faut changer d’urgence

Son bilan personnel ? Mitigé, et il l’assume. La vente de Nathan Zézé au record du club, le recrutement de Luís Castro, la sécurisation de jeunes à potentiel, le dossier Matthis Abline : autant de décisions dont il est fier. Côté recrutement pur, il reconnaît trop d’échecs, tout en contextualisant chacun d’eux avec précision : manque de scouts, départ du data analyst faute de budget validé, négociation manquée sur Jean-Kévin Duverne.

Son parcours force le respect par sa cohérence. Passé par une agence d’agents pendant sept ans aux côtés de Jean-Charles Pajot — où il a croisé la trajectoire de Léo Dubois —, puis à Lorient où il avait orchestré la vente de Terem Moffi pour 30 millions à Nice, il arrive à Nantes avec une méthode : diversifier les agences partenaires. 34 arrivées avec 29 agences différentes. Personne ne fait la loi. C’est rare, et c’est traçable.

Ce que Drouet réclame n’est pas révolutionnaire : une chaîne de décisions lisible, un cap sportif défini indépendamment du coach en place, et des responsabilités qui ne débordent pas de leur périmètre. Sans cela, chaque nouvel entraîneur repartira de zéro, chaque mercato sera une improvisation, et chaque joueur arrivera dans un club où la première personne qui lui parle lui explique pourquoi tout va mal. Ce n’est pas un problème de recruteur. C’est un problème d’organisation.

Nous analysons l’histoire du FC Nantes avec données fiables et analyses indépendantes

Liens utiles

Retour en haut