Yankee Nord Marseille : le groupe de supporters de l’OM face aux tensions avec le club

Foule en bleu brandissant des drapeaux de club

Je me souviens encore de l’effervescence qui régnait dans le virage nord du Vélodrome quand les Yankee Nord Marseille animaient la tribune de leurs chants et banderoles. Cette époque semble désormais bien lointaine après les tensions explosives qui ont secoué les relations entre ce groupe emblématique et la direction phocéenne. L’histoire de cette rupture révèle les dessous d’un conflit qui dépasse le simple cadre du football pour toucher aux fondements même de la passion marseillaise.

Les origines d’un conflit majeur avec la direction marseillaise

La rupture brutale de 2018 sous l’ère Eyraud

L’année 2018 marque un tournant dramatique dans l’histoire des relations entre l’OM et ses supporters les plus fidèles. En juin, sous la présidence de Jacques-Henri Eyraud et la propriété de Frank McCourt, le club olympien prend une décision radicale : retirer par courrier d’huissier le statut d’association officielle aux Yankee Nord Marseille. Cette mesure brutale empêche immédiatement le groupe de délivrer des abonnements à l’Orange Vélodrome, mettant fin prématurément à une convention de vingt ans dont il restait encore dix-huit années à courir.

Michel Tonini, président des YNM, ne mâche pas ses mots face à cette décision qu’il qualifie de « plan machiavélique Leproux bis », en référence à l’opération de pacification menée au Parc des Princes en 2010. Cette comparaison révèle la profondeur du ressentiment des supporters face à ce qu’ils perçoivent comme une stratégie délibérée d’éradication des groupes ultras. L’association, qui représentait la troisième force du Vélodrome avec ses cinq mille membres, se retrouve du jour au lendemain privée de son statut privilégié.

  • Retrait du statut officiel par courrier d’huissier
  • Fin anticipée d’une convention de 20 ans
  • Perte du droit de gérer les abonnements dans les virages
  • Rupture avec un intermédiaire historique du club

Les affaires controversées à l’origine de l’exclusion

Plusieurs incidents précèdent cette exclusion et alimentent les griefs de la direction marseillaise. L’affaire principale concerne la revente de places lors du match OM-Lyon sous forme de faux bracelets. Une centaine de supporters se voient refouler à l’entrée du stade, créant un bouchon qui empêche d’autres spectateurs d’accéder aux tribunes. L’OM porte alors plainte pour escroquerie contre les Yankee, Michel Tonini reconnaissant les faits tout en les qualifiant d’initiatives individuelles de certains membres.

La seconde polémique implique une tentative de partenariat commercial controversée. Netflix avait tenté de financer un tifo géant à des fins publicitaires lors du match Marseille-Bordeaux, louant le local de préparation et finançant le matériel pour une somme comprise entre vingt mille et trente mille euros. Face à la polémique naissante parmi les adhérents, le projet est finalement abandonné, mais l’image du groupe en pâtit.

  1. Vol de la carte bancaire du groupe causant un préjudice de 13 000 euros
  2. Réclamation par l’OM d’impayés entre 60 000 et 80 000 euros
  3. Démenti catégorique de ces créances par l’association

L’effondrement d’une institution du Vélodrome

La dispersion des 5 000 membres après l’exclusion

L’exclusion des Yankee Nord Marseille provoque un véritable séisme dans l’écosystème des supporters marseillais. Les cinq mille ex-membres se dispersent aux quatre vents, beaucoup étant dégoûtés au point de ne plus se rendre au Vélodrome. Les sections de Bretagne et de Belgique désertent définitivement les tribunes, privant le stade de leur ferveur légendaire.

Selon Michel Tonini, les deux tiers des anciens adhérents rejoignent les Fanatics, qui sortent grands gagnants de cette éviction. Les autres se répartissent entre le MTP et les Dodgers, tandis que quelques-uns migrent vers le virage sud. Pourtant, les supporters les plus anciens, déçus par cette situation, cessent leurs venues au stade. Cette dispersion affaiblit considérablement l’animation du virage nord, traditionnellement l’un des poumons de l’ambiance vélodromienne.

Le Club des Amis de l’OM prend officiellement la place des Yankee en bas du virage nord, mais cette association n’étant pas de culture ultra, elle ne parvient pas à animer la tribune avec la même intensité. Le résultat est un « bas du virage mort » peuplé de « gens fantômes » selon les termes de Michel Tonini, symptôme d’une passion qui peine à se réincarner.

L’association en sommeil et ses tentatives de survie

Légalement, l’association perdure mais se trouve vidée de sa substance footballistique. Les réunions, autrefois hebdomadaires et électrisées par les préparatifs de matchs, se limitent désormais à des retrouvailles semestrielles pour des barbecues et apéritifs nostalgiques. L’activité principale de l’association s’est éteinte avec son exclusion du stade.

  • Réunions réduites à deux par an maximum
  • Activités limitées aux événements conviviaux
  • Maintien légal avec le minimum requis de membres
  • Espoir persistant d’un retour dans les tribunes

Michel Tonini précise qu’une association peut survivre avec zéro euro et zéro recette tant qu’elle compte au moins deux membres actifs. Cette situation de quasi-sommeil témoigne d’une volonté de préserver l’entité juridique dans l’espoir d’un retour futur. L’association refuse de se dissoudre officiellement, gardant intact son rêve de reconquête du virage nord.

La bataille judiciaire et les perspectives de retour

Les procédures entre l’OM et les Yankee

Les Yankee Nord Marseille saisissent le tribunal de grande instance de Marseille pour rupture abusive de contrat, espérant obtenir justice face à ce qu’ils considèrent comme une éviction arbitraire. En juin 2019, ils sont déboutés sur le fond, mais le jugement se révèle partiellement favorable à leur cause. Le tribunal condamne l’OM à verser trente-deux mille euros aux Yankee sur le volet des factures impayées et balaie les griefs qui faisaient passer l’association pour des « mauvais garçons ».

Cette victoire partielle redonne espoir aux supporters, mais la procédure d’appel est finalement abandonnée. Les coûts financiers et la durée estimée entre quatre et cinq ans découragent l’association déjà affaiblie. Parallèlement, les procédures croisées se multiplient : les Yankee portent plainte au pénal contre l’OM pour dénonciation calomnieuse dans l’affaire des bracelets, tandis que le club poursuit l’association pour escroquerie et abus de confiance.

  1. Condamnation de l’OM à verser 32 000 euros aux Yankee
  2. Abandon de l’appel pour des raisons économiques
  3. Plaintes croisées toujours en cours devant la justice

L’opération reconquête lancée en 2024

Le 26 mai 2024, jour anniversaire de la victoire en Ligue des champions de 1993, une vingtaine de membres des Yankee Nord Marseille se réunissent devant le Vélodrome pour lancer symboliquement leur opération reconquête. Cette date choisie avec soin résonne comme un appel à la réconciliation entre le passé glorieux et l’avenir espéré.

Les nouveaux dirigeants, ayant pris le relais de Michel Tonini, contactent directement le président Pablo Longoria pour chercher les possibilités de retour. Leur projet prévoit une cohabitation pacifique avec le CAOM tout en réclamant cinq cents cartes d’abonnement pour leurs futurs adhérents. Cette démarche témoigne d’une volonté d’apaisement et de compromis après des années de tensions.

  • Rassemblement symbolique le 26 mai 2024
  • Contacts officiels avec Pablo Longoria
  • Demande de 500 cartes d’abonnement
  • Projet de cohabitation avec le CAOM
  • Campagne d’adhésions à un euro lancée en juillet

L’association lance une campagne d’adhésions au prix symbolique d’un euro en juillet 2024, tentant de remobiliser ses anciens supporters et d’en attirer de nouveaux. L’objectif affiché reste ambitieux : retrouver sa place dans le virage nord pour la saison 2025-2026 et redonner vie à cette tribune mythique du football français.

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