Ultras stéphanois : dissolution des groupes de supporters en question

Foule agitant des drapeaux verts dans un stade

Je me retrouve aujourd’hui à analyser une situation qui révèle toute la complexité du monde ultras français. La menace de dissolution des groupes ultras stéphanois Magic Fans 1991 et Green Angels 1992 soulève des questions fondamentales sur l’équilibre entre sanctions individuelles et collectives. Cette procédure initiée par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau s’inscrit dans la lutte contre les violences dans le football, mais interroge aussi sur la préservation de l’identité culturelle stéphanoise qui résonne dans les tribunes de Geoffroy-Guichard.

La procédure judiciaire et ses développements récents

L’étau s’est progressivement resserré autour des supporters stéphanois. Initialement, neuf groupes de supporters étaient visés par cette menace de dissolution, avant que le nombre ne diminue à cinq collectifs, puis trois, pour finalement ne concerner que les deux groupes de l’ASSE et la Légion X du Paris FC.

La commission nationale consultative de prévention des violences lors des manifestations sportives s’est réunie le mardi 1er avril 2025. Après près de cinq heures d’audition des représentants des groupes stéphanois, elle n’a pas donné d’avis favorable à leur dissolution. Cette décision contraste avec le sort réservé à la Légion X du Paris FC, dont la dissolution sera proposée au Premier ministre.

Le ministre de l’Intérieur n’a finalement pas réclamé la dissolution des Magic Fans et des Green Angels lors du conseil des ministres. Par contre, il s’agit d’un sursis conditionné à des garanties supplémentaires demandées au club. Les ministères de l’Intérieur et des Sports doivent recevoir les dirigeants de l’ASSE pour examiner les engagements que le club peut apporter.

Parmi les conditions exigées figure en première ligne la coopération immédiate du club avec les autorités en cas de troubles, afin d’identifier rapidement les auteurs. Le propriétaire de l’ASSE Ivan Gazidis a pris plusieurs engagements, faisant valoir son expérience de dirigeant à Arsenal et l’AC Milan. Une nouvelle échéance est prévue à la mi-juin pour évaluer la situation.

Les incidents à l’origine de la controverse

Le ministère de l’Intérieur reproche aux groupes un nombre important de faits de violences considérés comme graves. En revanche, les groupes contestent ces accusations, arguant que la plupart des faits ne concernent pas l’ensemble de leurs membres et que certains ont déjà été jugés individuellement.

Un incident notable s’est produit le 8 décembre 2024 après un match ASSE-OM. Trois gendarmes en civil hors service ont été pris à partie par des ultras stéphanois. L’un des gendarmes, porteur d’une écharpe de Marseille, a tiré cinq coups de feu en l’air avec son arme de service pour se dégager. Deux supporters ultras ont été interpellés et sont soupçonnés d’avoir causé des blessures légères aux trois représentants des forces de l’ordre.

L’affaire du mariage saccagé

Neuf membres ou proches des Magic Fans ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Villefranche-sur-Saône pour le saccage d’un mariage le 5 septembre à Denicé dans le Beaujolais. Les peines varient d’un an de prison dont huit mois avec sursis à trois ans dont six mois avec sursis, accompagnées d’interdictions de stade.

L’expédition punitive visait initialement un ex-membre des Magic Fans devenu supporter lyonnais, considéré comme un traître. D’un autre côté, les ultras stéphanois se sont trompés de cible, saccageant le mariage d’un couple parisien n’ayant aucun lien avec le football. L’opération, préparée de manière paramilitaire par une quinzaine d’hommes masqués armés de barres de fer, avait pour objectif de détruire le plus beau jour de la vie du supporter lyonnais honni.

La mobilisation en faveur des supporters stéphanois

Une manifestation de soutien aux groupes ultras s’est déroulée le samedi 29 mars 2025 à Saint-Étienne. Les chiffres de participation divergent sensiblement entre la préfecture (3 200 personnes) et les organisateurs (10 000 personnes). Cette mobilisation a bénéficié du soutien de nombreuses personnalités politiques de tous bords, bien au-delà du département de la Loire.

Le maire de Saint-Étienne Gaël Perdriau s’est positionné en faveur des supporters, qualifiant la dissolution de mauvaise réponse à une vraie question. Le député socialiste de la Loire Pierrick Courbon s’est particulièrement investi, rédigeant un courrier mobilisant les élus ligériens et une tribune dans Le Monde cosignée par des dizaines de parlementaires.

  1. L’interpellation publique de la ministre des Sports Marie Barsacq lors d’une séance de questions au gouvernement
  2. La proposition d’un système de permis à points pour les associations de supporters par le sénateur Pierre-Jean Rochette
  3. Le soutien de plus de 100 autres groupes de supporters aux Magic Fans et Green Angels

L’ASSE s’oppose fermement à la mesure de dissolution selon un communiqué de son président. Le club salue la décision du ministre d’ouvrir un dialogue constructif et se réjouit de travailler sur ce sujet avec le gouvernement. Certains joueurs ont également exprimé leur soutien via les réseaux sociaux, témoignant de l’attachement des vestiaires aux traditions supportrices qui font vibrer les stades.

L’identité culturelle des ultras dans le paysage stéphanois

Les ultras des Verts incarnent l’identité stéphanoise dans les tribunes de Geoffroy-Guichard par leur attachement au parler gaga et aux valeurs populaires. Selon l’étude de Bérangère Ginhoux publiée en 2017, le monde des ultras constitue l’un des espaces où l’attachement à l’identité locale est le plus revendiqué.

Ces supporters défendent une vision du football inspirée des traditions ouvrières de Saint-Étienne, privilégiant les valeurs de travail, solidarité et effort. Mouiller le maillot est considéré comme plus important que la technique pure, reflet de l’héritage minier de la ville où rigueur et entraide étaient essentielles.

Organisation et composition des groupes

Les Magic Fans regroupent environ 1 600 à 1 800 membres selon les sources, avec un noyau dur de 30 à 40 personnes d’après la police. Ils occupent le Kop Nord du stade Geoffroy-Guichard. Les Green Angels sont installés au Kop Sud, formant ainsi deux pôles d’animation complémentaires.

  • Le parler gaga avec ses expressions et son accent distinctif constitue un marqueur identitaire fort
  • Les chants, banderoles et slogans entretiennent un héritage collectif transmis de génération en génération
  • L’attachement viscéral à Saint-Étienne transcende le simple cadre sportif

Les deux groupes se présentent comme des interlocuteurs fiables, organisés et ouverts à la discussion, attitude qui a pesé dans l’avis favorable de la commission consultative. En cas de dissolution, les groupes envisagent de saisir le Conseil d’État et n’excluent pas de porter l’affaire devant les juridictions européennes en matière de droits de l’homme et d’association. La Métropole de Saint-Étienne a installé plus de 230 caméras de surveillance pour identifier et sanctionner individuellement les fauteurs de troubles, soulevant la question de la pertinence des sanctions collectives.

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