Je vais vous raconter une histoire qui fait mal. Une histoire qui se répète, encore et encore, comme une malédiction collée aux murs de la Beaujoire. Le FC Nantes, huit fois champion de France, est devenu le royaume des entraîneurs jetables. Et le chiffre fait froid dans le dos : entre 1943 et 2007, les Canaris ont connu 17 coachs en 64 ans. Depuis l’arrivée de Waldemar Kita en 2007, déjà 19 techniciens ont défilé. Oui, vous avez bien lu : plus d’entraîneurs en 18 ans qu’en 64 ans. Cette statistique vertigineuse raconte l’effondrement d’une institution, l’instabilité chronique d’un club qui ne laisse plus personne construire quoi que ce soit.
Le départ brutal de Luís Castro symbolise cette instabilité permanente
Le licenciement de Luís Castro en décembre 2025 résume à lui seul le chaos organisationnel nantais. La veille encore, le technicien portugais tenait la conférence de presse avant le déplacement à Angers. Le lendemain, il était remercié. Cette scène de théâtre de boulevard illustre parfaitement l’incohérence du management. Pourtant, six mois plus tôt, Waldemar Kita déclarait dans L’Équipe : « On ne peut pas se permettre de ne pas être patient. » Ironie cruelle quand on sait que Castro avait été recruté pour implanter un jeu de possession, une philosophie qui demande du temps et des moyens.
Le bilan sportif était effectivement catastrophique : 17e position en Ligue 1, seulement deux victoires, cinq nuls et huit défaites en quinze journées. Avec onze points au compteur, il s’agissait du pire démarrage sous l’ère Kita. Mais le problème dépasse les résultats. Le mercato estival, orchestré par une seule personne au recrutement, n’a pas apporté les renforts nécessaires. Hormis Chidozie Awaziem, Junior Mwanga et Youssef El Arabi, aucune recrue n’a convaincu. Comment bâtir quoi que ce soit dans ces conditions ?
| Période | Nombre d’entraîneurs | Durée |
|---|---|---|
| 1943-2007 | 17 | 64 ans |
| 2007-2025 | 19 | 18 ans |
Les voix des acteurs révèlent une gestion toxique
Pierre Aristouy, limogé en 2018 après seulement treize journées alors que le FCN occupait la 11e place, avait livré un témoignage éclairant dans So Foot. Il évoquait des incohérences dès le début de saison, une méfiance de la direction, l’absence totale de discussion sur son projet de jeu lors d’une réunion parisienne. « Vous décidez de me faire confiance, autant poser les choses sur la table », regrettait-il. Son récit dévoile une atmosphère de travail délétère, où les jeunes entraîneurs sont broyés sans accompagnement.
Depuis le mandat de Michel Der Zakarian (2012-2016), aucun coach n’a enchaîné deux saisons complètes. Cette statistique traduit l’impossibilité structurelle de construire un projet durable. Les supporters, épuisés, appellent au boycott et ne se reconnaissent plus dans leur club. Et la nomination surprise d’Ahmed Kantari, ancien adjoint de Kombouaré, pour six mois seulement, ressemble à un nouveau pansement sur une jambe de bois. L’ancien capitaine brestois n’a qu’une seule expérience : un passage difficile à Valenciennes soldé par une relégation et un licenciement. Comment imaginer qu’il puisse redresser la barre dans un environnement aussi toxique ?

Moi, c’est Clara, 42 ans, passionnée de communication digitale et de récits jaunes et verts. Native de Saint-Nazaire, j’ai grandi avec le FC Nantes en fond sonore tous les dimanches à table. Aujourd’hui consultante en stratégie de contenu, je collabore avec FCNhisto.fr pour faire vivre le club autrement : à travers ses souvenirs, ses supporters, ses petites histoires qu’on ne lit pas dans les palmarès.

